Né en 1941 en plein centre du Mercato d'Addis-Abeba, Mahmoud Ahmed a marqué de manière emblématique l'âge d'or musical de l'Ethiopie, dans les années 70. Une période où les cuivres, les instruments électriques et les musiques occidentales se sont mêlées aux musiques orientales. En France, bien que peu médiatisé, il jouit d'une reconnaissance considérable depuis la sortie de l'album Erè mèla mèla en 1986 (label Crammed World). Un album qui, dans le même mouvement, dévoilait au monde l'essence de la musique éthiopienne, récoltait les éloges des professionnels et éveillait l'intérêt du grand public. Mahmoud Ahmed ce fut l'irruption d'un véritable phénomène, d'un « beat » cuivré et entêtant, comme on en avait encore jamais entendu en provenance du continent africain.
Mahmoud Ahmed c'est d'abord une voix, celle puissante et chaude d'un homme qui ne faiblit pas malgré le défilement des années. On la dirait venue du plus profond de son être, pour s'élever le plus loin possible et envoûter le plus parfait novice. C'est cet ensemble qui rend son écoute hypnotisante et fait opérer le magnétisme. C'est à nouveau le cas avec l'album Aléméyé, une pure représentation de ce mélange d'instrumentation moderne greffée sur un chant traditionnel.
La puissance de Mahmoud Ahmed réside surtout dans son charisme indéniable : c'est un formidable homme de scène. Tout de blanc vêtu, à l'éthiopienne, arborant même le drapeau de sa patrie en foulard autour du cou, on ne peut que manifester un profond pour ce grand monsieur. De même, il se rendit célèbre en effectuant la fameuse danse « eskita », un mouvement lascif du torse et des épaules qu'il maîtrise à la perfection. En effet, malgré 64 années au compteur, le sortilège opère toujours.
L'album Aléméyé, réédition des enregistrements de Mahmoud Ahmed pendant l'année 1974, est sorti sur le label Buda Musique. Par ailleurs, c'est précisèment ce label qui a eu la bonne idée de sortir une collection intitulée Ethiopiques, qui atteint aujourd'hui son 19e tome. L'occasion de découvrir la quasi totalité de l'oeuvre de Mahmoud Ahmed, ainsi que tous les petits bijoux de la musique éthiopienne, pour enfin rendre à ce pays ses lettres de noblesse.