La première guerre entre l'Abyssinie et l'Italie est une des seules qui a vu la résistance d'une armée africaine face au colonialisme européen du XIX siècle.
Le 25 mars 1889, Menelik II, negus du Shoa, s'était déclaré Atse (Empereur) d'Éthiopie après avoir conquis les régions du Tigray et Amhara. Après un peu plus d'un mois, le 2 mai, il signa un traité de paix avec les italiens, qui donna à ceux-ci le contrôle de l'Érythrée, en échange de la reconnaissance de la souveraineté de Menelik II.
Cependant, le traité de Wuchalé n'avait pas la même signification en italien et en amharique. Le texte italien faisait de l'Éthiopie un protectorat italien et Menelik II le découvrit peu après et rejeta le traité en 1893. Les italiens décident alors de lancer une campagne militaire dans le Tigray en octobre 1895. Ils s'attendaient alors à ce que le negus Tekle Haimanot du Gojam, le Ras Mengesha Yohannes et le Sultan d'Awasa s'allient à eux ; mais les peuples Tigray et Amhara se joignirent à l'Atse Menelik II dans un esprit de nationalisme, tandis que d'autres peuples, comme celui d'Awasa, étaient surveillés par des troupes Impériales. L'Atse avait préparé durant les quatre années précédentes une armée moderne.
La première bataille eut lieu a Amba Alagi le 7 décembre, où les italiens furent repoussés et furent contraints de retourner en Erythrée. Un groupe de survivants, dirigé par Arimondi, atteignit le fort italien inachevé de Mekele. L'Atse Menelik II avait de nombreuses troupes dans le Tigray et assiégea les italiens pendant 15 jours, du 6 au 21 janvier 1896, jusqu'à ce qu'ils abdiquèrent. Toujours dans un espoir d'une résolution pacifique de la guerre, Menelik II autorisa généreusement les italiens de quitter Mekele avec leurs armes et leurs fournit des mules et des animaux de bât.
Le commandant italien Oreste Baritieri refusait de coopérer en sachant que les nombreuses troupes éthiopiennes ne pouvaient plus rester longtemps sur le terrain. Le gouvernement italien de Francesco Crispi ne voulait accepter le dialogue avec des non-européens. Le premier ministre demanda alors de lancer une nouvelle bataille.
Cette bataille fut celle d'Adoua (voir
article). Les éthiopiens beaucoup plus nombreux (100 000 hommes) que les italiens (20 000 hommes) infligèrent une défaite à l'armée de Baritieri. Celui-ci avait prévu de surprendre les éthiopiens en attaquant tôt le matin. Cependant, suite à des erreurs d'orientation les quatre colonnes italiennes étaient isolées. Appuyés par une quarantaine de canons, les ras éthiopiens lancent vague après vague leur infanterie et leur cavalerie à l'assaut des positions italiennes peu à peu submergées par le nombre, malgré les ravages que cause l'artillerie.
À midi, le général Baratieri doit donner le signal de la retraite laissant sur le terrain 4 133 Italiens tués ou disparus ainsi que 2 000 capturés. 4 000 érythréens askaris furent tués ou capturés. Du côté éthiopien, 7 000 hommes sont morts et 10 000 blessés. Les prisonniers italiens furent mieux traités que les 800 askaris capturés qui étaient considérés comme des traîtres pour les éthiopiens. À la demande du ras Mangacha et en conformité du Fetha Negest (voir article), on leur amputa la main droite et la jambe gauche.
Menelik retourna dans la capitale et attendit que le gouvernement discredité de Crispi fut dissous. C'est ce qui arriva après deux semaines, et Menelik fit signer en octobre, le Traité d'Addis Abeba, qui délimite la frontière avec l'Érythrée. L'Italie doit reconnaître l'indépendance de l'Éthiopie.
La deuxième guerre entre l'Éthiopie et l'Italie a duré 7 mois. C'est une des preuves de l'inefficacité de la SDN.
L'Abyssinie était une bonne candidate à l'expansion fasciste pour plusieurs raisons. C'est le seul pays d'Afrique, avec le Libéria, qui n'est pas colonisé ; de plus la conquête de l'Abyssinie permettrait à l'Italie d'unifier un grand empire africain avec l'Érythrée et une partie de la Somalie. De plus, la cible est faible militairement et riche en ressources. L'Abyssinie étant un pays africain, une autre raison apparaît aux yeux de Mussolini : « civiliser un pays en retard ». Enfin, n'oublions pas que la conquête de ce pays permettrait de « venger la défaite d'Adoua ».
Mais il fallait un prétexte pour déclarer la guerre. Le Duce le trouva dans l'incident de Walwal, localité située au point de convergence de trois confins : la Somalie anglaise, la Somalie italienne et l'Ogaden éthiopien. Le 5 décembre 1934, un accrochage se produisit entre troupes italiennes et éthiopiennes : c'était l'accident de Walwal survenu, « en l'absence de témoins oculaires impartiaux », dit le rapport de l'enquête de la SDN.
À la suite d'un nouvel accrochage à Afdoub, le 25 janvier 1935, le gouvernement italien décrète la mobilisation de deux divisions. Cette mobilisation eut lieu en Érythrée.
Le Conseil de la SDN proposa à Mussolini de céder le port de Zeyla avec un étroit corridor à travers la Somalie britannique et que l'Éthiopie fasse quelques concessions économiques et territoriales à l'Italie. Mussolini répondit : « Non ; même si l'Éthiopie m'était apportée sur un plat d'argent, je la veux avec une guerre. » Et la guerre arriva...
Le 3 octobre 1935, à cinq heures du matin, les chemises noires italiennes et leurs askari, dirigées par le Maréchal Emilio De Bono, franchissent la frontière érythréenne. Le 6 octobre, la jubilation est grande en Italie, lorsque le peuple italien apprend que Adoua tomba sans résistance. Le 7 octobre, l'Assemblée de la SDN condamna l'agression de Walwal par 50 voix contre 1 (l'Italie) et 3 abstentions (Autriche, Albanie, Hongrie). Les sanctions s'avèrent parfaitement superflues car elles interviennent trop tard ; de plus les mesures de contrainte économique et financière de la SDN à l'encontre de l'Italie n'étaient assorties d'aucun moyen exécutoire. Enfin la liste des produits interdits excluait les carburants. AGIP s'était, au demeurant, constituer un bon stock acquis aux Etats-Unis, pays qui s'était cantonné dans l'isolationnisme et les lois de la neutralité. Ainsi la SDN comptait administrer la justice sans la force.
Vers novembre, Mussolini, impatient, remplace De Bono par le général Pietro Badoglio. Mais l'insuccès de ce dernier l'amène à recourir aux bombardements à l'hypérite et au phosphore, armes interdites par la Convention Internationale de 1925, à laquelle l'Italie et l'Éthiopie avaient adhéré. Mais les éthiopiens sont surtout par la supériorité technique des italiens au niveau notamment de l'artillerie lourde mais surtout des avions. Un distique de l'époque révèle la déconvenue des combattants :
« Seraient-ils venus par Adoua, par Gondar,
Ils n'eussent jamais mis les pieds chez nous.
Mais ils ont emprunté le chemin du ciel,
Une contrée qui nous est inconnue. »
Après la débâcle, l'empereur Haile Selassie I prend le train de Djibouti, le 2 mai 1936, pour se rendre à Genève puis en exil en Angleterre. Addis Abeba était livrée au pillage lorsque les troupes de Badoglio y arrivent le 5 mai. Le roi italien Vittorio-Emmanuelle III est proclamé empereur d'Éthiopie. L'Éthiopie avait perdu la guerre mais sauvegardé sa souveraineté en la personne de Haile Selassie I qui avait refusé l'armistice.
Commence alors l'occupation italienne ; mais la guerre injuste et ses méthodes n'auront pas fait plier le peuple éthiopien.
La Résistance s'organise, des noyaux se forment, les collaborateurs sont punis et un réseau urbain d'information et d'approvisionnement en armes, munitions et médicaments, complète utilement les activités du maquis. Le rôle des femmes a été aussi important que celui des hommes. La principale caractéristique de la résistance éthiopienne, c'est que toutes les classes y ont pris part et à tous les niveaux. Ainsi le ras Emmerou, membre de la haute noblesse, organise un groupe de résistance encadré par les Lions Noirs. Abébé Aragaï se révèle un dirigeant de génie ; Tekle-Welde-Hawaryat, maire d'Addis, se distingue par son action politique dans la résistance ; Belaï Zelleqé, simple paysan, acquiert une réputation d'héroïsme dans l'ensemble du pays. Tout au long des cinq années d'occupation, les arbagnotch (maquisards) se lient aux askaris. Après l'échec d'un attentat contre le Maréchal Graziani, les fascistes s'adonnent à un massacre aveugle pendant trois jours. Personne n'est épargné par ses atrocités inutiles, pas même les moines et les civils.
C'est la victoire des Alliés en Libye en 1940 qui avait stimulé la rébellion en Éthiopie. La libération du pays entre désormais dans le contexte de la deuxième guerre mondiale. Au nord, le major Sir William Platt attaque le front érythréen et remporte la bataille de Keren. A l'ouest, les commandants Orde Ch. Wingate et Sandford poussent vers Debre Markos ; depuis le Kenya, le général Sir Allen I. Cunningham avance vers Addis Abeba qu'il atteint le 6 avril 1941.
Le 5 mai 1941, cinq ans, jour pour jour, après l'occupation fasciste, l'empereur regagne Addis Abeba et l'Éthiopie est libérée. Ce jour est commémoré comme le Jour de la Victoire.