L'épouse intelligente
Il était une fois, dans la province du Godjam, un homme ignorant, le paysan Kebede, qui avait épousé une femme très intelligente. Elle connaissait les réponses à toutes les questions et il lui faisait confiance en toute chose. La femme aimait profondément son mari, et ils vivaient ensemble depuis de nombreuses années.
Non loin du couple vivait un homme intelligent, le très cultivé Yohannès. Il était riche et puissant, et tout le monde le craignait et lui obéissait. L'homme intelligent observait la femme de son voisin et voyait qu'elle n'était pas seulement intelligente mais également douce et belle.
- Je la veux pour moi, pensait-il.
Il se rendit au domicile de son voisin et lui dit ;
- Ton épouse est une femme intelligente, mais toi, tu es stupide. Comme je suis moi-même un homme très intelligent, ta femme devrait être mienne. Divorce et donne-la moi.
Le mari ignorant paru inquiet.
- Vous êtes en effet un homme très intelligent, dit-il, et je reconnais qu'elle est plus intelligente que moi, pauvre paysan. Mais nous nous aimons, et je préfère rester avec elle.
Peu habitué à ce qu'on lui refuse quelque chose, l'homme décida de porter l'affaire devant un juge, qui devait trancher l'affaire, ce que le mari ignorant accepta à contre-c½ur.
- De quel droit dites-vous que cet homme est ignorant ? demande le juge à l'homme intelligent.
- Posez-lui n'importe quelle question, et vous verrez, il sera incapable d'y répondre, alors que moi, avec toute la culture et la lecture que j'ai, je pourrais y répondre sans problème.
- Très bien, dit le juge qui était effrayé par le pouvoir de l'homme intelligent. Il se tourna vers le mari et lui dit :
- Je vais te poser deux questions, si tu réussis, tu garderas ta femme. Voici la première : Combien y'a t'il d'étoiles dans le ciel ? Et voici la seconde : Où est le centre de la terre ?
L'homme ignorant soupira, pensant que tout était déjà perdu, les questions étant trop difficiles pour lui. Il rentra chez lui, les yeux froncés par l'anxiété. Il attendit la nuit, sortit de sa maison et essaya de compter les étoiles. Heure après heure il fixa le ciel, mais malgré tous ses efforts, il ne put les compter toutes, et se désespéra. Sa femme sortit de la maison pour le chercher, et lui demanda ce qu'il faisait là.
- Le juge m'a posé des questions, répondit Kebede, et si j'échoue, je te perdrait au profit de l'arrogant Yohannès.
- Dis-moi les questions, demanda la femme
- Combien y'a t'il d'étoiles dans le ciel ? Et où se situe le centre de la terre ? C'est impossible !
- Ne t'inquiète pas mari, je te dirai les réponses le moment venu. Maintenant, viens te coucher. Et la femme, très intelligente, donna au cours de la nuit les réponses au énigmes insolubles donnés par le juge.
Le jour suivant, le mari se présenta devant le juge et l'homme riche, qui arborait un sourire méprisant et sûr de lui, sûr de ridiculiser publiquement le pauvre paysan.
- Bien, dit le juge, le temps est écoulé. As-tu trouvé les réponses à mes questions ? Combien y'a t-il d'étoiles dans le ciel ?
L'homme se baissa, ramassa une poignée de sable sur le sol, et répondit :
- Ato, il y a autant d'étoiles dans le ciel que de grains de sable dans ma main, et si vous ne me croyez pas, comptez les vous-même.
Et le juge demanda de nouveau au mari où se situait le centre de la terre.
L'homme « ignorant » enfonça son bâton dans le sol et répondit fièrement :
- Le centre de la terre est ici, et si vous ne me croyez pas, creusez-vous même pour le trouver.
Le juge fut profondément impressionné par l'intelligence des réponses de l'homme, et conclu, devant la foule rassemblée :
- Tu n'es pas du tout ignorant, tu mérites une femme intelligente.
Kebede retrouva un sourire radieux, et l'arrogant Yohannès, pris à son propre piège, fit l'objet de moqueries dans la foule, que sa fierté et son honneur ne pouvaient supporter. En effet, il avait compris, à ses dépens, que l'intelligence ne se limitait pas à l'acquisition de connaissances dans d'obscurs livres, mais naissait dans le contact avec les autres, et grandissait dans l'amour qu'on leur portait.
L'homme et sa femme n'entendirent plus jamais parler de l'arrogant Yohannès, et ils vécurent heureux ensemble, jusqu'à ce que Dieu ne les rappelle à Lui.