Histoire de l'Éthiopie

Le nom d'Éthiopie est un des plus vieux termes géographiques au monde; sa connotation et son extension ont évolué au fil du temps. Alors que, dans l'Antiquité, il se référait à toutes les terres situées au sud de l'Égypte, il a, depuis le IV siècle, été mis en rapport, de manière beaucoup plus spécifique, avec la partie du monde que l'on désigne habituellement sous ce nom. Le pays a tantôt était appellé Éthiopie, tantôt Abyssinie, mais c'est finalement la désignation ancienne qui a officiellement prévalu. Le nom Éthiopie vient du grec ancien qui signifie "visage brûlés". Il désignait une vaste part de l'Afrique située au sud de l'Égypte. Les éthiopiens identifient leur pays à l'antique royaume de Saba. Selon la légende, le premier roi est Ménélik Ier, fils du roi Salomon et de la reine de Saba. Les éthiopiens ont été les seuls à frapper monnaie et à disposer de leur propre écriture en Afrique.

L'histoire éthiopienne proprement dite commence avec l'apparition du royaume d'Axum, située au Ier siècle avant Jésus-Christ. Le développement de ce royaume est placé sous le signe d'un échange continu avec les mondes méditerranéen et arabe. Il avait des relations commerciales avec de nombreux autres empires. La civilisation axoumite fleurit entre les troisième et septième siècles. Cette période brillante coïncide avec l'introduction de ses deux principales religions, le christianisme et l'islam et la naissance d'un génie musical, appelé Yaréd, qui allait offrir à l'Église éthiopienne sa liturgie, et au pays les fondements de sa musique.. A partir du VIIe siècle, le royaume d'Axum entra dans une période de déclin.

Vers le milieu deu XII siècle, la dynastie des Zagwé domine. C'est elle qui marqua profondément de son empreinte l'histoire éthiopienne, en lui léguant ces merveilles d'architectures que sont les églises monolithiques de Lalibela. En 1270, la dynastie est revnersée par un chef amhara, Yekuno Amlak, qui inaugura ce qui allait devenir la dynastie "salomonide". Les membres de celle-ci seraient descendants direct de Menelik Ier. Cette légende ne fut consignée qu'au XIV siècle dans le Kebra Nagast.

Le Moyen Âge éthiopien débute en 1270 et se termine au XVI siècle. Cette période vit une expansion territoriale, mais elle est marquée aussi par une floraison linguistique notamment par la naissance de l'amharique en tant que lingua franca. Les rois Amda Tseyon assurent à cette période, la suprématie chrétienne. La roue de la fortune au XVIe siècle, lorsque les raids viennent à nouveau d'Egypte où les Turcs s'installent. Lebna Dengel appelle les chrétiens d'Occident à l'aide. L'Espagne, l'Italie et le Portugal envoient des hommes. Les Portugais voulant contrôler la route des Indes orientales attaquent les comptoirs arabes : en 1517, ils încendient le comptoir arabe de Zeila. Christophe de Gama mène une expédition en Abyssinie vers 1542-1543. Les renforts portugais refluent les Turcs vers le nord de l'Abyssinie. Toutefois, chrétiens comme musulmans furent submergés par l'invasion massive des Oromo. L'État musulman fut alors contraint de se cantonner à l'abri des murailles de la ville fortifiée de Harar. Le royaume chrétien se replia vers le nord. Cette migration de population marqua l'entrée d'un groupe ethnique qui allait s'établir dans une grande partie du pays.

Après que son père ait abdiqué, Fasilades est roi. En 1636, Gondar, nouvelle capitale, est fondée. Celle-ci connaît un essor rapide et devient un centre urbain propsère au commerce florissant, à l'artisanat développé et comptant une forte communauté d'étrangers. Cependant le pouvoir des rois de Gondar faiblit pour résider bientôt dans les mains des dirigeants Oromo qui inaugurèrent la dynastie Yedjjou qui de 1783 à 1853, imposa son autorité. Cette suprématie sera remise en cause par des seigneurs régionaux, notamment ceux du Tigray. Ces rivalités régionales nourrirent les nombreuses guerres qui caractérisèrent cette période, dite la Zamana Masafent ("Le temps des Princes").

Les incursions égyptiennes et soudanaises des années 1850 provoquèrent un réveil du pouvoir politique avec l'empereur Tewodros II. Ce dernier est associé à la naissance de l'Éthiopie moderne. Ce héros qui unifia le pays, se donna la mort afin d'éviter la colonisation du pays. Son successeur Ménélik II, en fit autant, en écrasant l'armée italienne venue coloniser le pays à Adoua, le 1er mars 1896, et réussit à acquérir l'indépendance de son pays au traité d'Addis-Abeba, le 26 octobre 1896, selon lequel l'Éthiopie pouvait étendre ses frontières au sud et à l'est, doublant la superficie de l'Empire.

Histoire contemporaine

En 1930, Ras Tafari Makonnen est couronné negus (Roi) sous le nom de Haile Selassie I(Force de la Trinité). Son règne est interrompu lorsque les forces italiennes fascistes envahissent (octobre 1935) puis occupent le pays (mai 1936). L'empereur choisit de s'exiler en Angleterre malgré la plainte déposée devant la Société des Nations à Genève où il plaide la cause de son pays en juin 1936, en vain. Mussolini déclare le roi d'Italie Victor Emmanuel III, nouvel empereur d'Éthiopie. Dans le pays, une résistance patriotique prend forme, notamment avec le général Abebe Aragay. Cinq ans plus tard les forces britanniques, françaises et éthiopiennes viennent à bout des Italiens et l'empereur peut retrouver son trône. Il pénètre en vainqueur à Addis Abeba le 5 mai 1941 (aujourd'hui célébré comme le Jour de la Victoire).

Lors des décennies suivantes, l'empereur Haile Selassie s'efforce de continuer la modernisation du pays. La première grande école d'études supérieures du pays est fondéé en 1950. La constitution de 1931 est remplacée par un nouveau texte en 1955 qui augmente le pouvoir du parlement. Après une période de troubles qui commence en février 1974, un conseil administratif de soldats, connu sous le nom de Derg destitue Haile Selassie, prend le pouvoir et installe un gouvernement socialiste qui se révèle plutôt militaire. Le Derg exécute sommairement 59 membres de la famille royale ainsi que des généraux et ministres du gouvernement de l'empereur. Haile Selassie est déclaré mort le 22 août 1975, peut-être étranglé ou étouffé dans son palais.

En décembre 1976, une délégation éthiopienne se rend à Moscou et signe un accord d'assistance militaire avec l'Union soviétique. En avril, l'Éthiopie résilie son accord d'assistance militaire avec les Etat-Unis et expulse les forces militaires basées en Éthiopie (base de Kagnew). En juillet 1977, la Somalie de Syad Barré attaque l'Éthiopie pour soutenir les indépendantistes de la province d'Ogaden. Le conflit voit la défaite de la Somalie en mars 1978.

Le lieutenant colonel Mengistu Haile Mariam assume le pouvoir à la tête de l'État et du Derg en tant que président après avoir assassiné ses deux prédécesseurs. Les années sous Mengistu sont marquées par un gouvernement totalitaire et la militarisation du pays financée par l'URSS et Cuba. En 1977 et 1978, des milliers de personnes suspectées d'être des ennemis du Derg sont torturés ou tués. Cette période fut nommée la « terreur rouge ». Le communisme est officiellement adopté à la fin des années 1970. En 1984, le Parti travailleur d'Éthiopie est créé, et le 1er février 1987, une nouvelle constitution suivant le style soviétique est soumis à un référendum. Il est officiellement approuvé par 81 % des votants, et en suivant la constitution, le pays est renommé République démocratique populaire d'Éthiopie le 10 septembre 1987. Mengistu devient président. En 1985 et 1986 une famine ravage le pays.
Avec la chute de l'Union soviétique dans les années 1990, l'Éthiopie ne reçoit plus d'aide du camp communiste ce qui affaiblit le pays. Dans l'année, Mengistu annonce l'abandon de l'économie marxiste. En février, le Front populaire de Libération de l'Erythrée (F.P.L.E.) attaque et conquière Massaoua, sur la mer Rouge. En mars et avril 1991, le F.P.L.E. contrôle les provinces du nord-ouest. Le 21 mai, Mengistu quitte l'Ethiopie pour finir au Zimbabwe, accueilli par Mugabe. Le F.P.L.E. s'empare d'Asmara et d'autres villes éthiopiennes. Le 24 mai 1993, le premier ministre Meles Zenawi donne l'indépendance à l'Érythrée.

Depuis 1991, c'est le premier ministre Meles Zenawi qui dirige le pays.

# Posté le dimanche 09 octobre 2005 08:17

Modifié le dimanche 15 janvier 2006 16:02

Les dates importantes de l'histoire éthiopienne

Pour ceux qui ne veulent pas lire l'histoire complète voici ce qu'il faut retenir:

- 330: l'empereur Ezana se convertit au christianisme
- 1543: l'Éthiopie repousse définitivement l'invasion musulmane avec l'aide des Portugais
- 1632: fondation de Gonder
- 1636: Fasilides choisit Gonder comme capitale
- vers 1855: Tewodros II unifie le pays
- 13 avril 1868: Tewodros se suicide pour éviter que son pays soit colonnisé par les Anglais.
- 1886: fondation d'Addis Abeba,capitale de l'Éthiopie, par Menelik II
- 1er mars 1896: L'armée de Menelik II bat les italiens à Adoua et permet à son pays de rester indépendant alors que tout le reste de l'Afrique est colonisé
- Octobre 1923: L'Éthiopie est admise à la Société des Nations. C'est le premier pays africain à en faire partie.
- 2 novembre 1930: Ras Tafari Mekonnen est couronné Negus (roi) sous le nom de Hailé Selassié I
- 16 juillet 1931: Haile Selasisie promulgue une Constitution, la première de l'Éthiopie
- 3 Octobre 1935: Les troupes de Mussolini envahissent l'Ethiopie
- Mai 1936: Début de l'occupation italienne
- 5 mai 1941: Le Jour de la Victoire, les forces britanniques, françaises et éthiopiennes viennent à bout des Italiens et l'empereur peut retrouver son trône. Il pénètre en vainqueur à Addis Abeba
- 13 novembre 1945: L'Éthiopie est admise à l'ONU
- 14 Novembre 1962: L'Érythrée devient une province éthiopienne
- 25 mai 1963: Fondation de l'Organisation de l'Unité Africaine à Addis Abeba
- 1973: Famine
- 12 septembre 1974: Le Derg, dirigé par Mengistu Hailé Mariyam destitue l'empereur
- 22 août 1975: Assassinat de Hailé Selassié
- 1976-1977: Menguistu, dit le Négus rouge, lance la "terreur rouge". Des centaines de milliers de personnes sont tuées
- 1984-1986: Des famines ravagent l'Éthiopie
- 1987: Une nouvelle Constitution fait de l'Éthiopie une république populaire et démocratique, à parti unique (créé en 1984).
- 1988: Un accord de paix est signé entre l'Éthiopie et la Somalie.
- 1991: Mengistu abandonne le pouvoir et Meles est élu à la tête de l'État à titre intérimaire.
- 24 mai 1993: Indépendance de l'Érythrée
- 8 décembre 1994: Une nouvelle Constitution fait de l'Éthiopie un État fédéral (9 régions, formées sur des bases ethniques) démocratique.
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# Posté le dimanche 16 octobre 2005 10:07

Modifié le samedi 25 octobre 2008 08:37

Tewodros II, le père de la patrie

Tewodros II, le père de la patrie
Kassa Hailu est né vers 1818, d'autres disent 1822, dans le Qwara. Son père mourut tôt et vivait seul avec sa mère. Tewodros s'enrôle dans l'armée de Kenfou, mais celui-ci ne tardera pas à se faire tuer aux confins du Qwara. Cette mort du héros plaçait entre les mains de son jeune neveu Kassa le devoir de venger les siens. Sa révolte permit aux paysans opprimés de se ranger sous sa bannière dans une véritable guerre de partisans. Ses expéditions étaient couronnées de succès et sa réputation ne cessait de grandir. Le secret de cette réussite reposait sur une invariable tactique. Ayant annoncé au préalable une incursion qui n'était jamais celle qu'il prenait réellement, Kassa partait le soir, à l'improviste, avec cinq ou six cents cavaliers, marchait toute la nuit et tombait le matin sur l'ennemi par surprise.

La marche vers Gondar (1847-1853)

Ce chef de brigands, ce chifta, est devenu un personnage redoutable. On parle de ses exploits aussi bien au Soudan qu'à Gonder, si bien que Menen, la véritable souveraine, voit en lui un danger potentiel pour l'avenir de son fils Ali. Elle choisit la réconciliation avec Kassa qu'elle fait nommer gouverneur du Qwara. Ensuite elle lui offre la main de Tewabetch, la fille du ras Ali II. Moins d'un an après son marriage, il lève encore une fois l'étendard de la révolte. Menen fut vaincue en 1847.
Par une série de campagnes spectaculaires menées au début des années 1850, il humilie, l'un après l'autres, les seigneurs féodaux; une entreprise qui culmine avec la défaite de deux nobles de première importance: le ras Ali vaincu en 1853 et le dedjazmatch Woubé.
Ces hauts faits permettent à Kassa de se faire courroner Atsé, le 8 février 1855, sous le nom prophétique de Tewodros II. Il ne s'arrêta pas là, mais étendit sa campagne d'unification plus au sud, au Wollo et au Shoa.
Tewodros instaura plusieurs réformes. Ainsi, il voulait créer une armée nationale qui recevrait une solde, le qallabe. Il n'était plus permis d'abuser de l'hospitalité du paysan. Il introduit la mise en oeuvre d'un système fiscal et d'une organisation judiciaires centralisés. Parmi les réformes sociales, il faut signaler ses édits répétés contre la traite et le commerce des escalves. L'abolition de la traite par la voie d'édit fait de Tewodros le précurseur de l'anti-esclagisme en Éthiopie.
Cinq années d'épuisantes chevauchées pour unifier le pays et de réformes audacieuses pour en moderniser les institutions ont-elles vaincu l'apathi des masses, l'égoïsme des nobles et surtout la résistance passive du clergé? Aucunement. C'est devant l'évidence de cet échec que Tewodros commence à avoir des emportements soudains et des déprécations étranges. Ne sachant à qui s' en prendre, il s'attaque encore une fois au clergé. Ce dernier n'eut pas grand-peine à rallier le peuple contre l'empereur, dont l'image tourna bientôt à l'Antéchrist. Les agitations se transforment en révoltes. L'armée impériale, chargée de mater les révoltes commit des excès et alla jusqu'à piller les marchés et les caravanes.
Le 10 avril 1868, la bataille finale contre les Anglais,menés par Napier, se conclut par une victoire britannique. Les fusils à mèche éthiopiens étaient incapables de tirer sous la pluie. Le 13 avril 1868 Tewodros se donne la mort d'un coup de pistolet.
"Voyez donc comment meurt un véritable lion,
Qui croyait ignomieux de mourrir de main d'homme."
C'est ainsi qu'est mort un homme plus célèbre que véritablement connu. Son oeuvre, aussi éphémère que grandiose, fut une succession de tentatives avortées. Mais les circonstances de sa mort ont fait de lui un héros pour avoir refusé l'humiliation de la soumission.

# Posté le dimanche 16 octobre 2005 10:16

Modifié le samedi 18 octobre 2008 06:12

Yohannes IV

Yohannes IV
Après la prise de Maqdala et la dispersion de l'armée de Tewodros, une grande époque s'achève et avec elle l'idéale d'un homme qui voulait faire de l'Ethiopie un pays uni, capable de se défendre, voire de libérer Jérusalem! Dans les trois années à venir n' a-t-il pas été livré à l'anarchie et à l'appétit des chefs locaux? Wagchoum Gobezé se fait couronner empereur en 1868 sous le nom de Tekle-Guiorguis, il sera detrôné le 11 juillet 1872 par le dedjazmatch Kahsaï du Tigray. Son règne fut parsemé de guerres et de victoires. Sa politique mit fin à l'insubordination des chefs régionaux et aux disputes doctrinales au sein de l'église.

Les débuts du règne de Yohannes IV et le poids du passé

Kassa Marcha est né en 1831. Ce dedjazmatch était un ennemi de Tewodros II, il était donc un allié des Anglais lors de la prise de Maqdala, expliquant en partie la défaite de l'empereur. Kassa succèdera à Wagchoum Gobezé. Le nouvel empereur reçut le nom de Yohannes IV, il se fit sacrer à la basilique d'Axum le 4 juillet 1872. Trois événements majeurs viennent aggraver l'éventualité du danger d'attques venant de l'extérieur sous le règne de Yohannes IV. D'abord l'état d'instabilité du pays après la mort de Tewodros favorise une recrudescence des visées égyptiennes sur le bassin du Nil. Ensuite l'ouverture du Canal de Suez confère à la mer Rouge un statut de route impériale, découvrant ainsi le flanc oriental de l'Éthiopie aux convoitises des puissances européennes qui se subsituent. Enfin, l'Égypte établit un programme d'invasion de l'Éthiopie.
En juin 1872, l'Égypte s'empare de la région de Bogos et de sa capitale Keren. Dès lors tous les ports de la mer Rouge sauf ceux d'Assab et d'Obeck tombent sous la domination égyptienne.
En 1875, l'Égypte lancent 4000 hommes, la rencontre avec Yohannes eut lieu au nord d'Adoua dans le village de Gounda-Goundi. Ce fut un carnage pour les égyptiens, seul le colonel et son adjoint réussirent, avec cing autres Égyptiens, à rejoindre l'arrière-garde. En octobre, un autre contingent occupe Harar jusqu'en 1884. En novembre, Les Afars exterminent les 500 hommes de Munzinger.
Le combat de mars 1876, un des plus importants pour la sauvegarde de l'indépendance éthiopienne, se déroule en bourdure du haut plateau du Hamassen. L'Égypte avait engagé 16 000 hommes. Plus de 100 000 Abyssins, établissaient leurs camps sur les hauteurs environnantes. Les égyptiens descendirent à découvet en rase campagne pour défier les éthiopiens. L'empereur Yohannès perça de sa main les outres qui contenaient les porvisions d'eau de son armée et s'écria: "Mes enfants si vous ne voulez pas mourir de soif allez faire vos provisions d'eau au-delà de la ligne ennemie." Comme des essaims d'abeilles, les soldat éthiopiens surgirent de toutes parts et envahirent la plaine. Après une lutte acharnée les égyptiens durents se retirer. Trois jours après les éthiopiens eurent l'ardeur, et même la témérité, de donner l'assaut à la coline fortifiée. Mais cette fois les canons eurent raison, et les forcèrent au retrait. Pendant trois mois, les deux armées gardèrent leurs positions et s'épièrent mutuellement. Finalement, l'empereur ayant promis aux égyptiens qu'ils n'auraient rien à craindre s'ils évacuaient le fort, ils s'en retournèrent à Massaoua, peu satisfaits de cette seconde tentative.
Si l'échec de l'entreprise égyptienne n'apporta pas une solution définitive aux problèmes internationaux de l'Éthiopie, il offrit néanmoins au pays une trêve provisoire qui permit de mettre de l'ordre à l'intérieur.
La politique intérieure de l'empereur présente trois volets: la soumission des principaux potentats régionaux, l'arbitrage de leur différends et l'unification religieuse de l'empire. Situé au coeur du pays, objet de convoitise, le Godjam est un pays prospère placé sous l'autorité du ras Adal Tessema. En 1875, il se soumet à Yohannes . Puis en 1876, il soumis à son autorité une grande partie du Wollo. En 1878, Yohannes IV se dirige vers le Choa, Ménélik accepte de se soumettre à l'autorité de l'empereur.

La bataille de Matamma et la fin du règne de Yohannes IV

Le 9 mars 1889, les Derchives l'attendaient à Matamma. Dans son impatience, l'empereur s'expose avec témérité au feu de ses ennemis. Il est frappé d'une balle qui lui brise le bras droit et pénètre dans les intestins. Il mourut le lendemain.
Désormais l' unique chance de survie de l'unité et de l'indépendance nationale repose, non plus sur la fortune des armes mais encore, et surtout sur une branche de la politique dans laquelle son successeur, Ménélik, saura déployer toutes ses ressources: la diplomatie.
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# Posté le vendredi 21 octobre 2005 17:16

Modifié le vendredi 08 juin 2007 09:08

Menelik II

Menelik II
Né en 1844 à Ankober, le futur Ménélik II (en référence au premier roi d'Ethiopie, fils de David et de la reine de Saba) était loin de se douter qu'il entrerait dans la postérité des empereurs éthiopiens. En effet, c'est en 1889 qu'accède au trône de "negusse negest", le roi des rois d'Abyssinie. Auparavant à la tête du royaume du Choa ("ras"), au centre de l'Éthiopie, il conquit les oromos du Sud et annexa leur territoire. Succeseur de Yohannès IV, il accomplit l'exploit d'unifier le Choa aux royaumes septentrionaux du Tigré et d'Amhara, et signa avec l'Italie le traité de Woutchalé (Ucciali en italien), dont le texte fut interprété différement par les deux parties, notamment en ce qui concerne le paragraphe 17. En effet, en vertu de ce paragraphe, l'Italie s'octroya un droit de protectorat sur le pays, ce qui fut fermement dénoncé par le négus en 1893, très attaché à l'indépendance nationale. De fait, les Italiens tentèrent d'imposer leur point de vue par la force des armes et, avec à leur tête Baratieri, annexèrent la province du Tigré (au nord du pays, notamment la ville de Mekele), mais échouèrent devant Adwa (1896). Cette bataille âprement disputée s'avère comme l'un des plus glorieux moments de l'histoire éthiopienne : les Italiens, forts de leur armée de haute technologie, furent écrasés par un peuple farouchement opposé à cette invasion et attaché à la sauvegarde de son territoire. Cette retentissante victoire, la première d'une armée africaine face aux colons européens, nourrit des rancoeurs en Italie et consacra l'empereur au sommet de la gloire nationale. Par conséquent, l'Italie, acculée à signer un traité de paix, reconnut l'indépendance de l'Éthiopie, mais malgré son retrait du Tigré, conserva l'Erythrée. Les autres puissances européennes reconnurent également l'indépendance du pays et la souveraineté de l'empereur.

Au cours de son règne, Ménélik, père de l'Éthiopie moderne, annexa le Harar, l'Ogaden et de larges territoires situés à l'ouest du pays (doublant la surface du royaume). Par ailleurs, en terme de politque intérieure, il décréta l'abolition de l'esclavage, réduisit l'autorité de la noblesse féodale et fonda la ville d'Addis Abeba, dont le nom "la nouvelle fleur" symbolise la volonté de moderniser le royaume. (1887). De même, en ce qui concerne les relations internationales, le négus s'est ilustré en négociant avec la France, la même année, la contruction d'un chemin de fer reliant Addis-Abeba à Djibouti,
permettant ainsi le développement du commerce. Enfin, il dota l'Éthiopie d'infrastructures et d'une administration moderne.

Sa santé déclinant, il se retira du trône en 1909, au terme de négociations houleuses quant à sa succession, prise en charge par Lij Yasu, après de nombreuses tractations. Sa mort à Addis Abeba, en 1913, marqua la fin de l'âge d'or de l'Ethiopie, bientôt soumise aux guerres et aux convoitises coloniales.

Il est à noter que c'est la fille de Ménélik II, l'impératrice Zaoditou, qui désigna le ras Tafari, également ras de la province du Choa, héritier du trône et régent.

# Posté le vendredi 21 octobre 2005 17:17

Modifié le mardi 27 décembre 2005 14:44

Lidj Iyassou

Lidj Iyassou
Lidj Iyassou est né le 3 février 1898 à Tanta dans le Warra-Himeno, du Ras Mikael et de Chawaregga, fille de Menelik. Il monta sur le trône après la mort de Menelik II en 1913. En 1914 on songe à le faire couronner mais le Fetha-Nagast (Justice des Rois) ne le permit pas, puisqu'il n'avait pas atteint 18 ans. Pendant la première guerre mondiale, Iyassou invite à Harar, Mazhar Bey le consul général de Turquie, à s'installer à Addis Abeba. Cela révèle un penchant du prince éthiopien pour la Turquie. D'autre part, Iyassou avait eu un précepteur allemand et son compagnon le plus intime, Tessema Echeté, était germanophone, d'où le rapprochement d'Iyassou avec la Triplice.
Iyassou se mariera d'abord avec Romanework Mengesha, la petite fille de Empereur Yohannes IV et nièce de Taïtu, ensuite il se mariera avec Seble Wongel Hailu, petite fille du Negus Tekle Haymanot du Godjam. Cependant, il semblerait que Iyassou ait eu au moins 13 maîtresses et un nombre incertain d'enfants, tous prétendants au trône. La seule fille légitime fut Imebet-Hoi Alem Tsehai Iyasu, née de la relation avec sa seconde femme.
Lidj Iyassou était aussi très proche des musulmans et essaya souvent d'améliorer les relations. Un certain nombre de ses maîtresses étaient musulmanes... Cela embêtait énormément la noblesse du Shoa et surtout l'Église Orthodoxe Éthiopienne, craignant que le pays se convertisse à l'Islam. Une crainte renforcée lorsque Fitaourari Tekla Hawariat entendit Iyassou dire: "Si je ne fais pas de ce pays un pays musulman, je ne suis pas Iyassou !".
A côté de son engouement pour le vin, la musique, les femmes et l'Islam; les historiens actuels veulent reconnaître en lui un souverain moderne qui tenta d'introduire des innovations politiques et administratives d'avant-garde.
Cette tentative de réhabilitation met à l'actif d'Iyassou:
- l'attriubtion aux jeunes intellectuels de responsabilités jusque-là réservées aux vétérans;
- l'opposition à la politique des zones d'influence, notamment à l'accord Tripartite de 1908 et à celui du 9 mars 1906:
- sa politique anticolonialiste que concrétisent l'assistance au mouvement indépendantiste du Mullah Mohammed Abdullé Hassan et son rapprochement avec les balabbat somali et afar;
- la volonté de donner à ses sujets musulmans le droit de se sentir membres à part entière de l'unité éthiopienne dans la diversité des confessions religieuses.
Le 27 septembre 1916, un coup d'État renverse Lidj Iyassou et sa tante Zaouditou prend le pouvoir. Après avoir envoyé une armée qui se fait battre, il s'enfuit en 1921 et reste dans l'Afar, le Tigray et le Wollo régions et province ennemies du gouvernement central et protègent Iyassou expliquant le fait qu'il ait fallu 5 ans pour le capturer.
En mars 1936, sa mort est annoncée mais les causes sont totalement inconnues tout comme le lieu de son enterrement.

# Posté le mardi 01 novembre 2005 11:27

Modifié le samedi 14 janvier 2006 05:07

Zaoditou ou la Nouvelle Régence

Zaoditou ou la Nouvelle Régence
Zaoditou est née le 29 avril 1876 à Anouari, elle est la fille aînée de l'Empereur Ménélik II et de Woizero Abitchou. Celle-ci est morte quand Zaoditou était encore très jeune, elle fut donc élevée par son père auquel le Shoa appartenait. Menelik II se remariera avec Taïtou, personne qui sera très proche de Zaoditou. Elle se marie en 1882 avec le Ras Araya Selassie Yohannes, fils de Yohannes IV ; mariage arrangé par Menelik II. Six ans plus tard, le mari meurt. En 1913, la mort de Menelik II amène Lidj Iyassou à prendre le pouvoir, ce dernier, voyant en Zaoditou une menace, la contraint à l'exil avec son nouveau mari. Grâce à un coup d'État, le 27 septembre 1916, Zaoditou détrôna, avec l'aide du clergé et de l'aristocratie, Lidj Iyassou et reçut le titre de Negiste Negest (Reine des Rois) ; cependant elle sera secondée dans sa tâche par le jeune Ras Tafari Makonnen, nommé prince régent et héritier du trône. Le couronnement de Zaoditou eut lieu le 11 février 1917.
Le début de son règne fut marqué par la guerre avec Iyassou. Finalement capturé après plusieurs années par le Dejazmach Gugsa Araya, Zaouditou demanda à ce qu'on le garde dans le palais mais le Ras Tafari et le Fitaourari Hapte Gyorgis s'oppposèrent fermement ; elle abandonna mais réserva à Yassou un traitement de faveur. On le gardait à Sellale.
Alors que l'Ethiopie connaissait de grandes évolutions, un fossé se creusait entre Zaoditou et son régent. En effet, soutenue par l'église, elle était une conservatrice et favorisait la préservation des traditions éthiopiennes. Alors que le Ras Tafari, aidé par les jeunes nobles, préférait la modernisation du pays et expliquait la nécessité de s'ouvrir au monde. Ce dernier qui contrôlait une grande partie du gouvernement éthiopien reçut le titre de Negus en 1928. En 1930, le mari de Zaoditou Gugsa Welle lance une rébellion contre Tafari Mekonnen dans l'espoir de l'écarter définitivement de sa place de régent , mais il se fait battre et tuer à la bataille de Anchem le 31 mars 1930 contre l'armée moderne du Negus.
Deux jours plus tard, le 2 avril 1930, Zaoditou meurt pour des raisons encore incertaines. On sait actuellement qu'elle était gravement malade mais certains opposants à Tafari Mekonnen parle d'empoisonnement ; d'autres personnes parlent d'un choc à l'annonce de la mort de son mari mais il est probable que Zaoditou ne fut pas informée de la bataille avant sa mort.
C'est Tafari Mekonnen qui succèdera et prendra le titre de Negusse Negest sous le nom de Haile Selassie I.

# Posté le jeudi 03 novembre 2005 11:34

Modifié le samedi 14 janvier 2006 05:18

Haile Selassie I

Haile Selassie I
Tafari (celui qui sera craint) Mekonnen est né le 23 juillet 1892 à Edjersa Goro, dans le Harar, il est fils unique du ras Mekonnen et de Woïzero Yeshimebet. Instruit chez lui par des missionnaires français, Tafari dès son jeune âge impressionna favorablement l'empereur par ses capacités intellectuelles et on lui donna rapidement des responsabilités. Il suivit une politique progressiste, opposée au système féodal. En 1911, il se maria avec Woïzero Menen.
Quand Menelik II mourut en 1913, son petit-fils Lidj Yasu lui succéda au trône.Ce dernier, pas assez sérieux et proche de l'Islam, devint impopulaire auprès des populations Chrétiennes d'Éthiopie. Tafari détrôna Lidj Yasu en 1916, sur quoi, Zaoditu, la fille de Menelik II devint impératrice, et Ras Tafari fut nommé régent et héritier du trône le 21 septembre de la même année. En 1923, il fait adhérer l'Éthiopie à la Société des Nations (SDN), il abolit l'esclavage en 1924. Il se rendit à Rome, Paris et Londres, il devient le premier dirigeant éthiopien à se rendre à l'étranger. Le 7 octobre 1928, Ras Tafari est nommé Negus (roi). Deux ans plus tard Zaoditou meurt, et le 2 novembre 1930 Tafari est couronné Negusse Negest (Roi des Rois) sous le nom de Haile Selassie I (force de la Trinité).
En 1931, il promulgua une nouvelle constitution qui bien que limitée établissait un parlement et un système judiciaire; cependant il continuait à concentrer les pouvoirs.
Le 3 octobre 1935, l'Italie (sous prétexte de civiliser un pays en retard de se venger d'Adoua et d'affirmer la grandeur du pays) envahit l'Éthiopie depuis ses colonnies érythréennes. Malgré la résistance menée par Haile Selassie, il s'exila en Angleterre le 2 mai 1936. Le 30 juin 1936, il demande l'aide de la SDN mais en vain.
Dans le pays, une résistance prend forme surtout grâce au général Abebe Aragay et les fascistes se montrent sans pitié (utilisation de gaz contre les civils). Le 20 janvier 1941, Haile Selassie retourne au pays et le 5 mai il arrive dans la capitale en héros. L'Italie capitule le 19 mai 1941.
Dès lors commence l'Addis Zemen, la nouvelle ère (1941-1974). Haile Selassie modernise son pays et sa société. Le 19 décembre 1944, le pays reprend les attributs d'un État souverain; le 10 juillet 1951 il y a le vote de la Constitution fédérant l'Érythrée à l'Éthiopie. En 1960, le 14 décembre le général Mengistu Neway tente un putsch, deux ans plus tard le 14 novembre l'Érythrée devient un province éthiopienne. Le 25 mai 1963, L'Organisation de l'Unité Africaine est créée à Addis Abeba et sa charte signée; ce même jour Haile Selassie donne un discours.
Cependant il doit faire face à une contestation croissante dans son pays. Le manque de dynamique, la famine et le taux de chômage provoque des révoltes étudiantes notamment en 1969, le 3 mars l'université ferme. Le 26 décembre l'État d'ugence est décrété en Érythrée, des révélations sur la corruption du régime sont faites et c'est dans l'indifférence générale qu'il est renversé le 12 septembre 1974 par le Derg. Le 17 mars 1975 la monarchie est abolie et le 22 août Haile Selassie I meurt assassiné dans son palais.

Un dieu pour certains, Haile Selassie a continué l'oeuvre de Ménélik II: la modernisation de son pays; et malgré ses dernières années de règnes mouvementées, il reste un des grands dirigeants de l'histoire éthiopienne.

# Posté le vendredi 04 novembre 2005 09:10

Modifié le samedi 14 janvier 2006 08:48